Aimez-vous Poe

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C’est l’histoire d’un sultan qui passait pour le plus intelligent du commun des mortels.  On lui trouvait toutes les qualités et on fut même jusqu'à lui reconnaître une souche divine.

Un jour et à la très grande surprise de ses conseillers, il promit durant un banquet offert en l’honneur des grandes familles du sultanat le bonheur total. « C’est un parchemin qui portera le sceau de la perfection. »  On le crut à la lettre.  Par souci d’être seul couvert par la gloire, le sultan ne donna nulle explication de son projet à son grand vizir.  Il le somma toutefois de faire appel à quatre scribes, et signala qu’il les voulait pour le lendemain matin.

Le soir, sa majesté consulta pour la dernière fois le parchemin du bonheur qu’il avait passé des semaines à préparer et à rédiger, puis le déposa sur son bureau à coté d’un autre parchemin ne portant que le sceau royal.  Le sultan sombra dans un profond sommeil.  Mais l’imprévu arriva dans l’habit d’une indiscrète brise.  Le parchemin du bonheur doucement cajolé roula, tomba par terre et roula encore pour finir sous le lit royal.  Le parchemin vierge conserva par contre sa place.

Caressée par la même brise, la reine se leva en pleine nuit.  Saisissant l’occasion de ce moment dérobé au sommeil et au regard inquisiteur de son mari, elle déroula le parchemin restant, c’est à dire le vierge.  Mais la pâleur qu’elle rencontra lui fit vite admettre qu’elle n’avait pas entre les mains le véritable document dont son mari avait vanté au vu et au su des notables du sultanat, les mérites.  Comme le sultan, son mari, la traitait souvent de simple d’esprit, elle pensa alors qu’il avait placé ce parchemin vierge pour détourner son attention. « Tu es trop indiscrète pour garder un secret » lui avait-il dit un jour.

De bon matin, la reine apparut la première dans la salle du trône. Elle se fit remarquer et par un collier d’émeraudes et par un air altier.  Elle sentit qu’elle venait pour la première fois de prendre le dessus sur les conseillers de la cour eux qui ne lui accordaient d’habitude nulle attention. Dans l’attente du sultan, ils s’approchèrent d’elle pour tirer un tant soit peu quelques informations.  Mais vaine fut leur tentative.  “C’est un secret”, fit-elle catégorique.

S’étant levé tard, le sultan entoura d’un ruban rouge le parchemin vierge et gagna la salle du trône.  “Désormais,” fit le sultan à ses conseillers qui l’attendaient depuis trois bonnes heures, “le bonheur n’est plus une chimère”.  Et d’un geste propre à ses semblables, il tendit le parchemin à son vizir.  Promptement, le vizir le déroula et fut, bien sûr, surpris par la pâleur du document qu’il venait de recevoir.  Après autant d’hésitations que de peur il risqua, “Permettez-vous majesté que...”

“Non”, l’interrompit le sultan, “je ne veux rien entendre.  Je sais que c’est difficile mais mes gouverneurs ainsi que ton appui sauront comment et le lire et l’exécuter.  Va, ajouta-t-il, tu trouveras dans l’armoire de ma chambre quatre parchemins vierges.  Que tes scribes y transcrivent le texte intégral de mon programme et qu’on les envoie à mes quatre gouverneurs.  Garde l’original, vizir, tu en auras sûrement besoin si on recourt à la sagesse de ton âge et ton expérience.” Le sourire hautain le sultan ajouta : « J’espère que tes scribes sont prêts ? »

Dans l’incapacité de passer outre à l’ordre du sultan, le vizir gagna la chambre royale.  Il fouilla tous les coins, les tiroirs, et surtout là où un sultan aurait pu oublier un document d’une grande importance en espérant trouver quelque chose de plus sérieux qu’une insignifiante virginité. Bredouille, il se contenta de prendre quatre parchemins vierges de l’armoire royale et les ajouta à l’original qu’il gardait déjà sous son caftan.  Bien que difficile à croire, il n’écarta plus, l’hypothèse que la virginité soit le contenu du parchemin du sultan.

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