Aimez-vous Poe

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Le soir et en retrouvant l’original encore sur son bureau, le sultan s’avisa de l’ampleur de l’erreur qu’il avait commise et ce faisant se souvint du parchemin vierge qui avait côtoyé la veille l’original.  Acceptant son fatum, il s’abandonna lui aussi au fait.  Cela porterait atteinte à sa renommée s’il avouait que l’erreur était la sienne.  Après force hésitations, il trouva meilleur de subtiliser le parchemin que son vizir prenait pour l’original.  Vu que sa position ne lui permettait pas de grimper les murs, il fit appel au plus fidèle de ses valets et lui confia cette mission.

Le valet s’exécuta naturellement sur le champ.  Il se glissa par une fenêtre dans la villa du vizir et gagna son bureau.  Il le fouilla de fond en comble et retrouva le parchemin indiqué, mais naturellement en cinq exemplaires.  Qu hasard, il choisit un et le livra rapidement au sultan.

·        Saura-il qu’il n’est plus en possession de l’original?  murmura le sultan.

·        Majesté, personne ne peut le savoir? Les cinq copies se ressemblaient par leur vide et par votre sceau.

En effet, songea le sultan, comment distinguer l’original des copies?  Il somma alors le valet de remettre le parchemin volé à l’endroit où il l’avait pris.  Il trouva qu’il se livrerait aux soupçons de son vizir s’il gardait cette copie.  “En tout cas aussi vide que soit le parchemin envoyé, il n’en reste pas moins le mien,” se dit le sultan.  Quoique rassuré par cette impression, il ne vit plus d’un bon œil son vizir.  Il se souvint même que ce dernier avait été dans sa chambre le matin.  Donc, sauf imprévu, il a été le premier à avoir découvert l’erreur.  “Mes gouverneurs ne sauront pas que c’est ma faute et encore moins les scribes,” pensa le sultan, “mais mon vizir le sait et sait aussi que je le sais.”  Il conclut alors de courir le risque de voir le parchemin circuler entre ses gouverneurs. Nul ne connaîtra l’origine de l’erreur, et pour ce qui est du vizir il n’osera pas ébruiter la vérité car cette dernière l’accusera de couardise.   Dans l’attente du jour, le sultan se laissa choir dans un fauteuil et se laissa vite bercer par le sommeil.

Ne sachant quoi faire, le vizir passa le soir enfermé dans sa chambre.  Peu s’en fallut qu’il ne déposât sa démission, mais dans la crainte d’être traité d’incapable, il écarta cette idée.  Cependant, à peine le jour fut-il pour poindre que le grand vizir se confia “Je peux tout de même prendre le vide à la lettre”, c’était presque une révélation.

Rassuré par l’idée que le sort n’en est pas encore jeté, il fit appel de bon matin aux messagers, déposa entre leurs mains les parchemins vierges et leur confia la tâche de convoquer en urgence les quatre gouverneurs dans sa demeure.  Les gouverneurs se présentèrent chez lui en hâte.  Le vizir qui avait déjà entouré cette réunion de la discrétion totale débuta par dire que lorsqu’un sultan se tait cela ne veut point dire qu’il ne dit rien.  On accueillit cette histoire avec moult prudence mais on eut la patience d’attendre le reste.

“Sa sommité le sultan”, fit le vizir, “accepte de moins en moins la solitude du pouvoir.  Il saisit toutes les occasions pour y faire participer ses sujets y compris vous et moi à votre tête.  Le parchemin vierge en est la preuve, il nous invite par ce précieux geste à prendre part au pouvoir et à imprégner ses ordres du sceau indélébile du peuple.  Guidé par cette noble intention, il a trouvé bon de nous mettre face à nos devoirs, ceux naturellement de tout citoyen de son paisible royaume.  Désormais, nous sommes loin d’être des interprètes et encore moins des commentateurs mais les initiateurs d’une nouvelle méthode du pouvoir”.

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