Aimez-vous Poe

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   « Et en tant que grand vizir de sa majesté je me vois dans l’obligation de mettre le premier en pratique le bon sens du blanc du parchemin de son altesse en me permettant de saisir cette occasion pour vous inviter à prendre l’initiative.  Que je vous prête main forte ne me cause point de problèmes ...Mais il me semble qu’il vous sera utile de vous initier seuls à l’art de gouverner tant  la confiance de sa majesté en vous, gouverneurs, est grande.”

Le vizir respecta un léger silence au bout duquel il se rendit compte qu’il lui fallait mettre un terme à son discours.  Craignant alors d’abuser gauchement de cette occasion où il venait de se hisser au rang de juge et de législateur à l’insu du sultan, il jugea la réunion en tous points réussie et la leva sans même donner l’occasion aux gouverneurs de lui poser des questions.

Le sultan par le biais de l’un de ses espions prit connaissance de la tenue de cette réunion, mais non de son contenu.  Il chargea alors quelqu’un de prendre le vizir en filature.  Quant aux gouverneurs, ils ne tardèrent pas dès qu’ils furent chez eux à prendre au sérieux ce qu’ils venaient d’apprendre.  A leurs avis, le vizir ne pouvait pas aller jusqu’a raconter de telles histoires sans l’accord du sultan.  Il était donc impérieux qu’ils passent n’importe comment à l’action, a moins qu’ils n’avouent leur incapacité de servir le grand sultan qui est le leur.

Chaque gouverneur interpréta à sa guise cette sage blancheur.  Le gouverneur du sud extorqua à une méditation qu’il souffrit pendant toute une nuit, l’idée qu’il fallait repartir de zéro.  Ce faisant, il mit la main sur toutes les terres et les propriétés privées de son gouvernorat.  Celui de l’ouest dissolu l’administration locale et se déclara unique porte parole du sultan et du peuple.  Quant à celui de l’est, il déclara que désormais” tout est permis”  Ces gouverneurs n’omirent pas toutefois de tirer des profits proportionnels aux richesses de leur gouvernorat, sauf celui du nord.  C’était un gouverneur belliqueux de nature mais qui prenait toujours du temps pour passer à l’action.  Il disait toujours qu’un pas est insuffisant mais que deux suffisaient pour commettre une erreur. Il faut attaquer si on a la possibilité d’un troisième pas. Il n’osa alors rien faire bien qu’il ait eu la conviction que le sultan aimait voir ses instructions porter vite leurs fruits ... Jusqu’au jour où les autres gouverneurs, inquiets de son attentisme, l’encouragèrent à avouer au sultan ses craintes.

En fait, les autres gouverneurs voulurent par son intermédiaire porter à la connaissance du sultan le résultat de leurs interprétations.  Le belliqueux trouva cette idée intéressante tant pour mettre fin à son indécision que pour porter à  la connaissance de sa majesté sa fidélité.  Il alla alors trouver le sultan, mais à l’insu du vizir, geste que ce dernier jugea d’un mauvais œil.  Il craignit en fait que le gouverneur ne mette le sultan au courant de la réunion qu’il avait organisée à son insu.

Afin de ne pas avouer son incapacité, le gouverneur demanda au sultan s’il devait passer à l’action sur le champ. Pris au dépourvu par cette requête, le sultan refera son gouverneur à son vizir mais non sans l’exhorter à ne pas aller trop loin. 

Par crainte d’être tourné en dérision, le gouverneur retourna chez lui sans aviser le vizir de sa visite.  Sitôt chez lui, il prit le parti de ne rien remettre au lendemain et ne tarda pas à déduire que le parchemin vierge était un message codé.  Et comme seule la guerre mérite les codes, il passa immédiatement aux actes.  Afin d’être à la hauteur des nobles intentions du sultan, il aligna toutes ses forces sur les frontières sans aviser personne de cette décision.

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